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« Nous avons appris ensemble et nous continuons de progresser ensemble »

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Quelques jours avant le début d’un Tour de France 2016 pour lequel Bryan Coquard nourrit de réelles ambitions. Le coureur de Direct Energie et son entraîneur Fabien Aoustin se sont retrouvés pour une discussion à bâtons rompus sur l’entraînement, leur manière de s’améliorer ensemble, leur relation et leur travail au quotidien.

Bryan, comment expliques-tu ta progression assez impressionnante entre cette saison et la précédente ?

Bryan : C’est un tout. J’arrive à maturité, je progresse d’année en année, je m’entraîne de plus en plus aussi. Je suis bien dans ma tête, plus sérieux dans ma vie.

Tu t’entraînes donc plus que les années précédentes, mais est-ce que tu t’entraînes mieux ?

Bryan : Je m’entraîne plus mais je ne peux pas m’entraîner mieux. Un « 30-30 », je le fais quinze fois mais je ne peux pas le faire cinquante fois. J’étais déjà à la pointe niveau qualitatif et ce qui me manquait pour être sur le final des courses comme l’Amstel Gold Race ou les championnats de France dernièrement, c’est l’accumulation des charges de travail. Pour passer un cap, il fallait monter de niveau sur tous les domaines. J’ai plus roulé cet hiver. Après ma fracture de l’omoplate, j’ai été obligé de travailler hyper dur pour revenir. Là, j’ai beaucoup enchaîné les heures d’entraînement à la maison.

Ça a presque été une bonne chose cette blessure ?

Bryan : J’aurai quand même préféré faire Paris-Nice. Avec un Paris-Nice dans les pattes, la saison aurait encore pu être meilleure. En tout cas, ça m’a permis de faire des gros blocs de travail à cette période-là et ça a payé à l’Amstel et sur le reste de la saison.

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Y’a-t-il des exercices qui t’ont fait progresser en particulier ?

Bryan : C’est difficile à dire. Il n’y a pas beaucoup de changement par rapport aux saisons précédentes. C’est l’accumulation des saisons qui fait que je prends de la force. La charge d’entraînement en volume est aussi plus importante.

Fabien : La séance « force moto » lui a permis de franchir un palier.

Bryan : Oui, mais on la faisait déjà avant.

 

Fabien : C’est vrai, mais c’était moins récurrent. Tu as fait cette séance deux ou trois fois par semaine sur certaines périodes alors qu’on le faisait quatre fois par mois avant. Sur les évaluations de « force vitesse », nous savons que tu as progressé, mais j’ai senti que ça t’a fait progresser juste en te regardant derrière la moto : ton attitude mais aussi la vitesse et les watts développés ; on voit que ça va plus vite, ça envoie.

Bryan : Les progrès, on les explique par l’accumulation des saisons mais les saisons, ça comprend les courses et aussi l’entraînement. Cet hiver, on a aussi fait beaucoup plus d’endurance de force. C’est quelque chose que je répète régulièrement sur la route comme sur le home-traîner. Dès que je fais une séance sur mon home-traîner « Cyclus », j’incorpore ma « force-endurance » dans mon échauffement donc au final, j’en fais régulièrement.

Qu’est-ce que l’endurance de force ?

Fabien : C’est le fait de rouler avec une résistance à une cadence faible pendant longtemps. J’avais fait une erreur à la base, et je le sais. Avant, je demandais aux coureurs d’effectuer des efforts de 2, 3 minutes et je trouvais que c’était assez long. Finalement, je me suis rendu compte que pour progresser dans ce domaine, il fallait y passer plusieurs fois 8,10 minutes. Aujourd’hui, je sens une progression et pas seulement avec Bryan. En effet, Freddy, un autre athlète de l’association qui court en pass’Cyclisme, ressent également des progrès après ce cycle-là. Et pour Bryan, avec le « Cyclus », c’est vraiment facile de le faire. Tu mets la résistance que tu veux, t’es dans ta bulle pendant 8, 10 minutes et c’est top.

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Bryan : C’est vraiment ça qui est bien avec le « Cyclus ». J’ai déjà essayé de reproduire cet exercice sur la route mais il faudrait un col pour réussir à rester à la même cadence, aux alentours de 55 tours par minute et à la même puissance tout le temps. C’est impossible sinon.

Fabien : Et même dans un col, il y a les virages, les relances alors que là, tu es calé pendant dix minutes. Tu fais ton truc, dans ta bulle, en toute sécurité. Tu peux te concentrer sur le haut du corps, le pédalage. C’est vraiment bien.

Bryan: Et moi, je suis un peu un gamin dans ma tête, j’ai besoin de changement, je me lasse vite des choses. Et là, le fait que cet exercice soit nouveau et ludique avec un nouvel outil, le « Cyclus », je suis content de le faire.

Fabien Aoustin : « L’hiver, j’essaye d’être ludique et de proposer des choses nouvelles »

Fabien, arrives-tu à t’adapter à la volonté de Bryan de ne pas toujours faire la même chose ?

Fabien : J’essaye mais je n’ai pas envie non plus de prendre trop de risques. Sur le mois de juin, on a fait exactement pareil que les saisons précédentes. Peut-être que l’on se trompe mais pour le moment, ça fonctionne bien comme ça. A un mois du Tour, on ne prend pas le risque de changer, on fait quasiment la même chose. Par contre, l’hiver, j’essaye de le faire sortir des sentiers battus au maximum, de s’amuser, de ne pas lui faire faire des séries de dix minutes dans le froid : ce serait rébarbatif et il s’ennuierait. Hors objectif, j’essaye d’être ludique et de lui proposer des choses nouvelles. Mais en période d’objectif, on fait ce qui fonctionne : le vélo c’est son boulot, et ce n’est pas toujours rigolo ! On fait la même chose qu’il y a deux ans avec Bryan mais au lieu de faire deux séances de développement dans la semaine, on peut en faire trois car il en est aujourd’hui capable. Comme Bryan, je pense qu’il est compliqué de dire ce qui a vraiment marché, c’est un ensemble. Cette année, il a gagné en force. Et le gain de force, ce n’est pas que grâce à l’entraînement mais aussi grâce à la maturité sportive, aux quatre années pros, aux courses qui s’enchaînent….

Il est aussi mieux entouré, avec une équipe à son service.

Fabien : Bien sûr, L’équipe Direct Energie fait du très bon boulot, mais intrinsèquement, il a progressé aussi. Ses coéquipiers lui permettent de gagner des courses, mais je remarque qu’il a vraiment progressé quand je le vois jouer la gagne sur toute les étapes à Dunkerque ; et que dire du contre la montre de la route du Sud ! On sent qu’il y a un cap de passé. Là, il était tout seul sur le vélo, il termine cinquième pas loin de Sylvain Chavanel qui est un spécialiste. C’est un super chrono, qu’il n’aurait jamais fait il y a deux ans.

Tu le bosses l’exercice solitaire ?

Bryan : On le bosse sans le vouloir en fait. Quand on fait du derrière moto, ça fait progresser sur les chronos mais je ne roule jamais avec mon vélo de chrono, je n’y vois pas d’intérêt. Après, en bonne forme, sur un prologue qui me convient bien comme aux Boucles de la Mayenne, je sais que je peux faire quelque chose.

Suis-tu toujours à la lettre les planifs de Fabien ?

Bryan : Avec Fabien, on s’adapte, on fait beaucoup en fonction de mes sensations. Parfois, je peux être feignasse mais Fabien me connaît assez bien pour savoir si c’est de la fainéantise ou si les sensations ne sont pas bonnes. On s’adapte tout le temps et c’est aussi ça qui me fait progresser plutôt que d’avoir un entraînement arrêté.

Fabien : Par contre, il y a des séances importantes sur lesquelles on ne peut pas faire l’impasse mais on s’adapte, on les fait moins longues. Mardi par exemple, Bryan était fatigué, la moto n’était pas obligatoire car les dés sont jetés, on n’y va pas, on fait une petite sortie, ça suffit. Le plus important est d’avoir une ligne conductrice, de savoir vers où on veut aller. Il faut tout le temps s’adapter de toute façon. Après une course disputée sous le soleil ou sous la pluie, la fatigue n’est pas la même, la récup’ n’est pas la même.

Bryan : Et puis tu commences aussi à comprendre ce qu’implique une saison chez les pros. Au départ, tu ne te rendais pas trop compte.

Fabien : Oui, c’est vrai et notamment les déplacements. Je m’en suis rendu compte en partant à l’autre bout du monde avec l’équipe de France de piste. Les galères dans les avions, les aéroports, les décalages horaires, c’est vraiment compliqué à gérer. J’ai passé un cap grâce à ça. Maintenant, je sais que quand il y a six heures de décalage, il faut six jours après de récupération. Il y a deux ans, j’aurais fait l’erreur de recharger derrière en me disant « il va récupérer deux jours et après, on est reparti ». Maintenant, je le laisse se reposer pendant une semaine et ce n’est pas du temps de perdu, c’est du temps de gagné. Ceci m’a permis d’affiner ma connaissance du milieu. Quand Bryan m’a fait confiance il y a quatre ans, je ne connaissais rien au milieu professionnel, je n’avais jamais entraîné un pro… On a appris ensemble finalement et on continue de progresser ensemble. Ça a peut-être été un mal pour un bien.

Fabien Aoustin : « Je propose des choses à Bryan et après, on discute »

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Bryan, il arrive que tu sois en désaccord avec ce que te propose Fabien ?

Bryan : Oui, mais on en discute. La planification d’entraînement, on la fait à deux. J’ai une vie normale, des rendez-vous, des imprévus, ça m’arrive de ne pas pouvoir faire ce qu’il me propose.

Fabien : Moi, j’ai des idées mais je ne vais pas sur les courses, je connais moins le milieu que Bryan. J’ai mes idées par rapport à des théories, à des choses que je lis mais je n’ai jamais été pro. Je lui propose des choses et après on discute, on pèse le pour et le contre et on fait ce qui nous semble être le meilleur.

Tu ne lui imposes jamais rien ?

Fabien : Non, c’est son projet, ce n’est pas le mien.

Bryan : C’est un truc tout con mais on adapte aussi l’entraînement en fonction des groupes avec lesquels je vais rouler. On a une trame. Il sait que le mercredi, c’est plus facile pour moi de faire des grandes sorties, que le mardi soir, je vais à la piste à Pontchâteau.

Fabien : Je ne vais pas lui mettre six heures le jeudi, tout seul, alors qu’il peut faire deux heures tout seul et quatre avec un groupe le mercredi. Je m’adapte à son univers et je pense que c’est ce qu’il y a de plus important pour un entraîneur. C’est un métier intrusif, il faut connaître la personne, il faut vivre avec, il faut comprendre son univers. C’est bien beau de lui dire d’aller faire tant de kilomètres, de développer tant de watts mais il ne faut pas que ça le fasse chier, il faut que ce soit fait en bonne intelligence. S’il a besoin d’aller voir sa grand-mère le lundi après-midi parce que psychologiquement, ça lui fait du bien, bah je ne lui programme rien le lundi après-midi. Le mardi soir, il va à la piste à Pontchâteau, ça lui fait plaisir, ça fait plaisir aux gamins, ça lui fait du bien pour la cadence, la vélocité donc je m’adapte.

Bryan Coquard : « Je n’arriverai jamais à monter autant le cœur que sur la piste »

La piste c’est juste pour faire plaisir aux gamins ou ça t’apporte un plus dans ton entraînement ?

Bryan : J’aime bien et c’est la journée de la semaine où je vais le plus monter le cœur. Je peux faire toutes les intensités que je veux, je n’arriverai jamais à monter autant que sur la piste. J’arrive presque à mon max tous les mardis soirs en jouant avec les gamins. Ça m’apporte aussi de la vélocité. Mais surtout, j’aime bien parce que c’est l’ambiance du club, je revois les gens de l’US Pontchâteau, ça fait plaisir à tout le monde, c’est sympa.

Fabien : Je ne lui ai jamais déconseillé d’y aller car à cette séance, je suis sûr qu’il va faire de la cadence. Avec le poids des années, il a tendance à moins tourner la canne, là il le fait naturellement, par le jeu, en faisant une Américaine avec les gamins. C’est tout bon pour moi, pour lui, pour tout le monde. C’est en s’amusant qu’il va atteindre sa Fréquence Cardiaque Maximale. C’est l’idéal, je ne peux pas rêver mieux : il se rentre dedans tout en s’amusant.

Votre manière de travailler a-t-elle évoluée depuis le début de votre collaboration il y a trois ans et demi ?

Bryan : Notre manière de travailler tous les deux, je ne pense pas mais notre manière de travailler chacun de notre côté, je pense que si. Je suis passé pro, j’étais un petit branleur, tout était facile et tout me réussissait. J’ai pris conscience ensuite de mon potentiel, de ce que j’étais capable de faire. J’entendais que je pouvais gagner l’Amstel ou d’autres grosses courses. J’ai eu un déclic au printemps dernier et je me suis dit que ces courses, j’avais envie de les gagner. Pour les gagner, il fallait que je travaille plus donc Fabien a dû travailler différemment parce que je lui en demandais plus. Maintenant, je fais rarement moins de trois heures de vélo alors qu’avant, il m’arrivait de sortir pour une heure et demie.

Fabien : Moi j’étais habitué à entraîner des jeunes avec une logique d’entraînement spécifique. Je n’avais pas le recul de me dire, « tu sors, c’est pour trois heures et c’est facile ». Par rapport à l’évolution de notre manière de faire, je trouve aussi que l’on est de plus en plus proche. On parle plus des choses de la vie, on est plus intime. J’ai l’impression de savoir beaucoup de choses, même des choses personnelles, ses difficultés : c’est une obligation pour bien travailler. J’ai besoin de tout savoir, de tout palper. On a évolué à ce niveau-là aussi parce qu’on a plus de temps et que je comprends mieux le milieu. Au début de ses années pros, on ne pouvait pas discuter de ce qui se passait chez les pros car je ne connaissais rien dans ce milieu.

As-tu également progressé dans les domaines de l’alimentation, de l’hygiène de vie ?

Bryan : Je pense que j’ai passé un cap là-dessus. Quand je suis passé pro, je ne faisais pas n’importe quoi, j’étais sérieux, mais ça me passait un peu par-dessus la tête. Maintenant, j’aime bien la vie, je ne me prends pas la tête avec ça, mais avec les responsabilités que j’ai dans l’équipe : il fallait que j’en fasse plus à l’entraînement et  que je fasse encore plus attention à mon hygiène de vie. Je suis plus sérieux et plus serein. Ma vie est plus stable donc l’hygiène de vie va avec. C’est ce que je ressens depuis le début de la saison.

Fabien : C’est un domaine dans lequel j’aimerai m’améliorer pour pouvoir l’aider. Il y a peut-être encore des progrès à faire là-dessus mais ce serait vraiment du perfectionnement.

Propos recueillis
par Guillaume Leroux.

 

 

 

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Bryan Coquard : « Etre champion du monde à Paris »

Pour sa deuxième saison pro, Bryan Coquard (Europcar) a encore garni son palmarès et participé  à son premier Tour de France. Ses ambitions seront encore plus importantes en 2015. Mais avant cela, le coureur entraîné par Fabien Aoustin renouera cet  hiver avec ses premières amours sur la piste. Objectif : les Mondiaux de février sur le vélodrome de Saint-Quentin.

La saison sur route vient de se terminer. C’est l’heure du repos total ?

J’ai coupé depuis un mois déjà, suite à ma blessure au Grand Prix d’Isbergues (entorse acromio-claviculaire). Ma coupure aurait dû être moins longue mais ce n’est pas plus mal. Ça fait vraiment du bien de débrancher car l’hiver va être difficile. Un mois après le Tour de France, j’ai subi le contrecoup, avec un passage où je n’étais vraiment pas bien. Sur la lancée du Tour, j’ai continué à bien m’entraîner, peut-être trop. La blessure, même si c’est toujours chiant, était peut-être un mal pour un bien. J’ai coupé plus tôt mais je vais reprendre plus tôt.

Quand est prévue la reprise ?

Je vais partir deux semaines en vacances (entretien réalisé le 23 octobre) et dès mon retour, je pars en stage avec l’équipe de France sur piste.

Ta préparation hivernale va être chamboulée par rapport aux années précédentes avec ta saison de piste…

Ce sera complètement différent, oui. Les premières échéances vont venir très vite avec une classe 1 sur piste à Gand dans trois semaines. Ça va faire un peu « short » mais c’est comme ça. Ensuite, il y aura une épreuve de Coupe du monde à Londres début décembre où je ferai surement l’américaine, et la course aux points. L’objectif est d’être prêt pour les Mondiaux à Saint-Quentin.

Sais-tu déjà à quelles épreuves tu participeras ?

Ma place n’est pas encore faite, je devrai aller la chercher. Mais j’ai demandé à la fédération d’avoir des garanties dès mon retour de vacances. J’ai des obligations sur la route envers mon employeur et je ne peux pas  faire tout un hiver sur la piste si je ne fais pas les Mondiaux. Ça peut sembler tôt pour demander ça sachant que ça fait longtemps que je n’ai pas été sur la piste, mais j’ai déjà prouvé mon niveau.

C’est vraiment l’organisation des Mondiaux à Paris qui t’a décidé à reprendre la piste ?

Clairement oui. J’ai envie d’être champion du monde à Paris. Avec Thomas Boudat, on est deux jeunes à fort potentiel. Je crois que beaucoup de nations rêveraient d’avoir une paire d’américaine comme la nôtre.

Comment vas-tu te préparer par rapport aux années précédentes ? Que du vélo ? Pas de piscine par exemple ?

On n’a pas encore tout calé avec Fabien mais c’est sûr que je ne vais pas faire de piscine, ou peut-être un peu en décembre. Il y aura toujours un peu de gainage, de la muscu mais le souci c’est que je ne vais avoir trop de temps. J’aurai un mois pour être performant sur le vélo.

La piste change la donne pour ton début de saison sur route ?

Les deux calendriers sont liés. J’irai à Londres en décembre mais ensuite je pars au Tour down under en janvier avant de faire le GP Fenioux sur la piste, puis l’Etoile de Besseges et les Monde. Je pourrais continuer jusqu’à Paris-Nice avant de couper.

Tu viens de finir ta deuxième saison pro, la première en World Tour, avec ton premier grand tour. Physiquement, tu penses avoir passé un cap ?

C’est certain. Je l’ai senti très vite. Sur la route Adélie ou Paris-Camembert, je ne vais pas dire que c’était facile, mais c’était vraiment du vélo « plaisir ». C’était très agréable. Avec un grand tour en plus, je pense qu’il peut encore y avoir une différence. Je suis pressé de voir l’année prochaine. Je suis motivé, j’aimerais gagner en World tour.

Quel type de coureur veux-tu être : un sprinteur ou un profil plus complet ?

Je veux être un sprinteur qui passe bien les bosses. Je vais travailler encore plus physiquement pour ça.

En dehors de la route, les JO 2016 sont-ils un objectif ?

Je ne peux pas encore le dire. Pour l’instant, je me concentre sur les Mondiaux. Après, on verra… Les JO, c’est à la fois dans longtemps et dans pas très longtemps. En omnium, il n’y aura qu’une place et Thomas Boudat est champion du monde sortant. Il faut voir mais je ne pourrai pas tout faire. Et si j’y vais, c’est pour être champion olympique. Le défi me plairait mais je dois peser le pour et le contre.

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Propos recueillis par Vivien Leroux 

Jérôme Pineau : « Je reprends du plaisir à l’entraînement »

Jérôme Pineau a rejoint l’association l’hiver dernier. A 34 ans, le coureur professionnel d’IAM cycling va aborder samedi son 13e Tour de France (Bryan Coquard, l’autre coureur pro de l’association le découvrira lui pour la 1re fois). L’ancien des équipes Bonjour et Omega Pharma explique pourquoi il a décidé d’entamer une collaboration avec Fabien Aoustin il y a quelques mois.

 

Comment es-tu entré en contact avec l’association ? Via Bryan Coquard ?

Jérôme Pineau : « Ma volonté c’est d’accompagner Bryan dans ce qu’il fait au jour le jour pour pouvoir l’aider plus tard. Et moi, après avoir quitté Omega où j’avais quelqu’un qui me suivait pour l’entraînement, je trouvais super sympa ce que faisait Bryan. On discutait beaucoup de l’entraînement, de sa diversification, de son approche très ludique, surtout l’hiver. Du coup, je me suis dit « il faut que je rencontre ce fameux Fabien », voir ce qu’il dit, ce qu’il fait. On s’est rencontré en octobre ou novembre. J’ai exposé mes envies, il a exposé ses capacités à me faire évoluer. Ça a tout de suite bien marché. On a fait des choses ensemble pour tester au départ. On a la même vision des choses. C’est l’athlète qui doit aller vers l’entraîneur et pas l’inverse. Surtout, c’est une complicité. Ça ne peut pas être un chef et un exécutant. C’est un duo. De fil en aiguille, ça s’est mis en place gentiment. Tout l’hiver on a travaillé en salle avec Vincent, un prof de muscu renforcement, avec des circuits hyper ludiques. Plus du travail en extérieur, dans les marches pour l’explosivité, en piscine. L’avantage c’est que Fabien est auprès de nous tout le temps. Après, ça s’est mis en place pour le vélo. »

« Un nouvel élan avec Fabien et l’association »

 

Le fait d’être un pro avec 13 ans de carrière alors que Fabien a 28 ans et n’a jamais été pro, ça ne t’a pas rebuté ?

«Non, je ne suis pas de ceux qui disent qu’il faut avoir été pro pour faire un bon entraîneur. Il faut avoir fait quand même un peu de vélo. Mais Fabien en a fait, il connaît. Un grand champion n’est pas forcément un grand conseiller, ça dépend. Derrière tous les champions ou les pros, il y a quelqu’un, que ce soit un entraîneur, un ami qui conseille… J’ai toujours eu un suivi, jamais fait tout tout seul. Je fais encore des choses seul, je sais comment faire. Mais avoir un conseil de quelqu’un qui étudie et qui est toujours à la page, c’est très enrichissant. C’est très important de se remettre à zéro, se remettre en question en permanence. Tu ne peux pas dire c’est comme ça que j’ai fait l’an dernier, j’ai tout gagné. Faire la même chose deux années de suite, ce n’est pas possible. Fabien, c’était sa petite appréhension de dire « il a de l’expérience ». Justement, il y a trop d’années passées à faire toujours la même chose. Il ne faut pas tomber dans la routine. Du coup, on a réussi à trouver un nouvel élan avec Fabien et l’association. Je reprends du plaisir à l’entraînement. Je fais beaucoup moins de charges quantitatives et plus de qualité. Tout l’hiver s’est passé super bien avec la piscine, la marche, la pliométrie, la salle, plein de choses. »

L’approche pluridisciplinaire, c’est complètement nouveau pour toi ?

« J’ai passé beaucoup d’années avec l’ancienne méthode où il n’y avait pas d’entraîneur et c’était « roule, roule ». Après, chez les Belges, il y avait quelques exercices de renforcement musculaire. L’hiver, je me prenais en main seul. L’avantage de tout ça, c’est quand on va en piscine, on a des séances où on est au moins tous les deux avec Bryan. Il y a une espèce de petite compét entre nous et d’émulation. En plus Fabien est souvent là, avec nous dans l’eau. Il corrige les défauts. Je n’ai jamais autant progressé en natation que cet hiver. Je n’ai jamais pris autant de plaisir à nager. C’est un vrai bonheur. La « pluridiscipline » permet aussi de ne pas arriver en janvier avec la tête pleine de kilomètres et d’en avoir marre. C’est hyper important. Et la condition physique est super bonne. C’était mon meilleur début de saison depuis 5 ou 6 ans. »

« Les plus grands champions ont un staff extérieur à l’équipe »

Le fait que tu changes d’équipe et que tu aies plus de responsabilités t’a incité à modifier tes méthodes ?

« Je savais que j’allais rouler plus pour moi donc il fallait réadapter. On ne s’entraîne pas pareil quand on veut être équipier ou quand on veut gagner des courses. Il fallait refaire des choses que je n’avais plus faites depuis un moment. Surtout, ma volonté était de retrouver les sensations que j’avais quand c’était « quartier libre », quand il fallait aller dans les échappées de bonne heure. Ce n’est pas la même approche que quand il faut rouler pendant trois heures. Donc oui, on a changé les méthodes. Et puis j’avais envie d’être auprès de Bryan encore plus pour l’aider. Des garçons talentueux comme lui je n’en ai jamais vu. Il est adorable, à l’écoute mais qui va vite arriver à ses limites dans son encadrement professionnel. Il lui faut des aides extérieures pour qu’il aille plus haut. Il faut se créer vite son staff. Je l’ai appris à l’étranger. Les plus grands champions, que ce soit Boonen, Cavendish, Sylain (Chavanel) ont un staff extérieur à l’équipe. On a beau être dans une équipe, on ne peut pas s’occuper de 30 coureurs. »

L’approche associative peut donc aider sur ce point, pour travailler avec différentes personnes ?

« Oui, c’est pour ça que cette association est très enrichissante très importante. Je dirais même qu’on peut encore la faire progresser. J’en discute beaucoup avec Fabien. Pour la faire progresser aussi du côté administratif, aide juridique et contrat/management. Ça fait partie de ce petit staff qu’il faut se créer rapidement. On porte un maillot, certes, mais ta vraie boutique à toi, c’est toi-même. Ça ne peut pas tourner tout seul. Si tu veux changer d’équipe, pour un gamin qui n’a jamais été suivi que par elle, tu nages, tu perds du temps. »

Tu parles beaucoup de Bryan. Cette relation est née il y a longtemps ? C’est « grand frère/petit frère » ?

« Je l’appelle même « mon fils ». C’est comme mon petit frère, je le protège beaucoup. Je l’ai toujours suivi. Quand il avait été champion du monde l’omnium en J1, j’ai été à la réception de son maillot. Il avait mon poster dans sa chambre. Je lui ai « je ne m’en occupe pas pour le moment mais quand tu voudras revenir sur la route, je serai là ». J’ai toujours été là. Sa maman Sandrine sait que je suis toujours là. C’est une relation de grand frère, protecteur. J’ai beaucoup d’affection pour lui et ses proches. Sa maman a toujours été protectrice, à s’occuper des gamins de Pontchâteau, tirer des bouts pour lui. Quand tu connais l’histoire de Bryan, tu sais pourquoi c’est un champion et tu sais comment il peut encore progresser. C’est un diamant brut. Il ferait une compét de BMX, il gagnerait pareil. »

Article réalisé par Vivien Leroux

 

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Stage Val d’Isère

Du dimanche 26 mai au samedi 1er juin, Bryan Coquard et Romain Jagu, encadrés par leur entraîneur Fabien Aoustin ont effectué une semaine de stage en altitude à Val d’Isère (Savoie). Récit en quelques clichés d’un séjour de travail pour attaquer de la meilleure des manières la deuxième partie de saison.

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Depuis plusieurs années, différents athlètes et équipes sportives se rendent à la montagne et notamment à Val d’Isère pour des stages d’acclimatation. « Bien plus qu’une semaine au vert et en altitude, l’objectif de cette semaine était l’entretien des capacités aérobie dans un lieu qui change de notre Bretagne », précise Fabien l’entraîneur de Bryan Coquard et Romain Jagu. Après une semaine passée à Val d’Isère,  nous recommandons ce lieu pour grimper de grands cols de renom et plus particulièrement notre gite d’accueil : « ancolie » idéal pour passer un moment convivial entre sportifs.

 

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Romain et Bryan ont pu profiter du beau temps du début de semaine pour enchaîner les grandes sorties.

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Ils ont diminué leurs sorties en fin de semaine mais sont restés très motivés pour enchaîner les kilomètres, et ce malgré la neige.

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Durant cette semaine, de grands efforts furent apportés à la récupération, par l’hydratation bien sûr, par le sommeil, mais également  par les massages et l’alimentation. Ces point sont essentiels afin que l’organisme s’adapte à la charge de travail effectuée durant cette semaine  mais surtout pour que les coureurs ré-exploitent très rapidement tous les intérêts de leur séjour en montagne.

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Le rôle de Fabien était essentiellement un soutien logistique en voiture. Cependant, il lui est arrivé à plusieurs reprises d’enfourcher son vélo pour être au contact de ses coureurs. Il n’a toutefois jamais pris part à l’intégralité des sorties.

Bryan Coquard, la récompense du travail

Seul professionnel de l’Académie, le sprinteur du Team Europcar est l’exemple à suivre. Celui d’un coureur prometteur qui, à force d’entraînement, confirme jour après jour tous les espoirs placés en lui.

En l’espace d’une saison, Bryan Coquard est passé de l’ombre à la lumière. D’un statut de coureur amateur plein d’avenir à celui de professionnel à qui tout sourit. A 20 ans, le sprinteur de l’équipe Europcar incarne l’avenir du cyclisme français. Il affiche une précocité rare que ses quatre victoires en deux mois sur le circuit professionnel confirment.

Ses qualités ne sont toutefois pas tombées du ciel. Pour en arriver là, le jeune homme de Savenay a beaucoup travaillé et ce n’est pas aujourd’hui qu’il se reposera sur ses acquis. Il le reconnaît pourtant volontiers, l’entraînement ce n’est pas ce qu’il apprécie le plus. « Je fais du vélo avant tout pour la compétition. L’entraînement je ne déteste pas, il faut passer par là, mais je préfère passer une semaine sur une course qu’une semaine à m’entraîner dur. »
Rien de surprenant alors à le voir collaborer avec Fabien Aoustin, son premier entraîneur lorsqu’il portait les couleurs de l’US Pontchâteau et avec qui, il est toujours resté en contact. A l’époque, Bryan était un Cadet talentueux comme il en existe des centaines. Sa détermination, sa volonté et son envie de réussir lui ont ensuite permis de franchir le Rubicon.
Entre eux, on dépasse la cadre de l’entente coureur-entraîneur. « Si j’ai choisi d’être de nouveau entraîné par Fabien, c’est d’abord car je m’entends très bien avec lui, notre relation est presque fusionnelle et j’aime bien sa vision des choses. »

A aucun moment, Bryan ne s’est interrogé sur les capacités de Fabien à entraîner un coureur professionnel, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant. « Au contraire, ce qui est intéressant c’est de découvrir ensemble le milieu des pros. » Il a également toujours ressenti le besoin d’être épaulé. « A mon âge, avoir un entraîneur est indispensable. Je suis jeune et je ne me connais pas assez. Etre entraîné, ce sont des soucis en moins, je n’ai pas à me demander comment je vais gérer ma semaine. »

Les deux amis s’accordent une confiance mutuelle. C’est ce qui fait, entre autre, la réussite de leur collaboration. « Il est aussi très ouvert d’esprit, reconnaît Bryan. Il y a encore un mois alors que la saison était déjà commencée, nous nous retrouvions pour des séances à la piscine. Je fais aussi un peu de VTT pour le changer les idées. Avec lui, je ne fais pas seulement des kilomètres. »

Et malgré son début de saison tonitruant, le vice-champion olympique de l’omnium a encore besoin d’être rassuré. « C’est vrai que Fabien m’épaule psychologiquement. Il me canalise quand je veux en faire trop et me motive quand ça va moins bien. » Et si tout lui réussit depuis plusieurs mois, Bryan sait que sa période faste cessera un jour ou l’autre. 

« Pour l’instant, tout va bien pour moi et Fabien y est pour beaucoup mais il y aura des périodes plus compliquées. Mais je ne m’arrête pas là. J’ai le regarde levé un petit peu plus loin. » Le Circuit de la Sarthe et le Tour de Turquie approchent à grand pas et le Nazairien a bien l’intention de s’offrir de nouveaux bouquets. Histoire de contenter son équipe, son entraîneur et l’Académie du Cyclisme et de l’Entraînement, une structure qu’il juge « super sympa. Pour les coureurs qui n’ont pas eu la chance d’être dans un Pôle, c’est génial. Ça donne l’opportunité aux jeunes de progresser et de prendre du plaisir à s’entraîner. »

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Propos recueillis par Guillaume Leroux