« Nous avons appris ensemble et nous continuons de progresser ensemble »


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Quelques jours avant le début d’un Tour de France 2016 pour lequel Bryan Coquard nourrit de réelles ambitions. Le coureur de Direct Energie et son entraîneur Fabien Aoustin se sont retrouvés pour une discussion à bâtons rompus sur l’entraînement, leur manière de s’améliorer ensemble, leur relation et leur travail au quotidien.

Bryan, comment expliques-tu ta progression assez impressionnante entre cette saison et la précédente ?

Bryan : C’est un tout. J’arrive à maturité, je progresse d’année en année, je m’entraîne de plus en plus aussi. Je suis bien dans ma tête, plus sérieux dans ma vie.

Tu t’entraînes donc plus que les années précédentes, mais est-ce que tu t’entraînes mieux ?

Bryan : Je m’entraîne plus mais je ne peux pas m’entraîner mieux. Un « 30-30 », je le fais quinze fois mais je ne peux pas le faire cinquante fois. J’étais déjà à la pointe niveau qualitatif et ce qui me manquait pour être sur le final des courses comme l’Amstel Gold Race ou les championnats de France dernièrement, c’est l’accumulation des charges de travail. Pour passer un cap, il fallait monter de niveau sur tous les domaines. J’ai plus roulé cet hiver. Après ma fracture de l’omoplate, j’ai été obligé de travailler hyper dur pour revenir. Là, j’ai beaucoup enchaîné les heures d’entraînement à la maison.

Ça a presque été une bonne chose cette blessure ?

Bryan : J’aurai quand même préféré faire Paris-Nice. Avec un Paris-Nice dans les pattes, la saison aurait encore pu être meilleure. En tout cas, ça m’a permis de faire des gros blocs de travail à cette période-là et ça a payé à l’Amstel et sur le reste de la saison.

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Y’a-t-il des exercices qui t’ont fait progresser en particulier ?

Bryan : C’est difficile à dire. Il n’y a pas beaucoup de changement par rapport aux saisons précédentes. C’est l’accumulation des saisons qui fait que je prends de la force. La charge d’entraînement en volume est aussi plus importante.

Fabien : La séance « force moto » lui a permis de franchir un palier.

Bryan : Oui, mais on la faisait déjà avant.

 

Fabien : C’est vrai, mais c’était moins récurrent. Tu as fait cette séance deux ou trois fois par semaine sur certaines périodes alors qu’on le faisait quatre fois par mois avant. Sur les évaluations de « force vitesse », nous savons que tu as progressé, mais j’ai senti que ça t’a fait progresser juste en te regardant derrière la moto : ton attitude mais aussi la vitesse et les watts développés ; on voit que ça va plus vite, ça envoie.

Bryan : Les progrès, on les explique par l’accumulation des saisons mais les saisons, ça comprend les courses et aussi l’entraînement. Cet hiver, on a aussi fait beaucoup plus d’endurance de force. C’est quelque chose que je répète régulièrement sur la route comme sur le home-traîner. Dès que je fais une séance sur mon home-traîner « Cyclus », j’incorpore ma « force-endurance » dans mon échauffement donc au final, j’en fais régulièrement.

Qu’est-ce que l’endurance de force ?

Fabien : C’est le fait de rouler avec une résistance à une cadence faible pendant longtemps. J’avais fait une erreur à la base, et je le sais. Avant, je demandais aux coureurs d’effectuer des efforts de 2, 3 minutes et je trouvais que c’était assez long. Finalement, je me suis rendu compte que pour progresser dans ce domaine, il fallait y passer plusieurs fois 8,10 minutes. Aujourd’hui, je sens une progression et pas seulement avec Bryan. En effet, Freddy, un autre athlète de l’association qui court en pass’Cyclisme, ressent également des progrès après ce cycle-là. Et pour Bryan, avec le « Cyclus », c’est vraiment facile de le faire. Tu mets la résistance que tu veux, t’es dans ta bulle pendant 8, 10 minutes et c’est top.

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Bryan : C’est vraiment ça qui est bien avec le « Cyclus ». J’ai déjà essayé de reproduire cet exercice sur la route mais il faudrait un col pour réussir à rester à la même cadence, aux alentours de 55 tours par minute et à la même puissance tout le temps. C’est impossible sinon.

Fabien : Et même dans un col, il y a les virages, les relances alors que là, tu es calé pendant dix minutes. Tu fais ton truc, dans ta bulle, en toute sécurité. Tu peux te concentrer sur le haut du corps, le pédalage. C’est vraiment bien.

Bryan: Et moi, je suis un peu un gamin dans ma tête, j’ai besoin de changement, je me lasse vite des choses. Et là, le fait que cet exercice soit nouveau et ludique avec un nouvel outil, le « Cyclus », je suis content de le faire.

Fabien Aoustin : « L’hiver, j’essaye d’être ludique et de proposer des choses nouvelles »

Fabien, arrives-tu à t’adapter à la volonté de Bryan de ne pas toujours faire la même chose ?

Fabien : J’essaye mais je n’ai pas envie non plus de prendre trop de risques. Sur le mois de juin, on a fait exactement pareil que les saisons précédentes. Peut-être que l’on se trompe mais pour le moment, ça fonctionne bien comme ça. A un mois du Tour, on ne prend pas le risque de changer, on fait quasiment la même chose. Par contre, l’hiver, j’essaye de le faire sortir des sentiers battus au maximum, de s’amuser, de ne pas lui faire faire des séries de dix minutes dans le froid : ce serait rébarbatif et il s’ennuierait. Hors objectif, j’essaye d’être ludique et de lui proposer des choses nouvelles. Mais en période d’objectif, on fait ce qui fonctionne : le vélo c’est son boulot, et ce n’est pas toujours rigolo ! On fait la même chose qu’il y a deux ans avec Bryan mais au lieu de faire deux séances de développement dans la semaine, on peut en faire trois car il en est aujourd’hui capable. Comme Bryan, je pense qu’il est compliqué de dire ce qui a vraiment marché, c’est un ensemble. Cette année, il a gagné en force. Et le gain de force, ce n’est pas que grâce à l’entraînement mais aussi grâce à la maturité sportive, aux quatre années pros, aux courses qui s’enchaînent….

Il est aussi mieux entouré, avec une équipe à son service.

Fabien : Bien sûr, L’équipe Direct Energie fait du très bon boulot, mais intrinsèquement, il a progressé aussi. Ses coéquipiers lui permettent de gagner des courses, mais je remarque qu’il a vraiment progressé quand je le vois jouer la gagne sur toute les étapes à Dunkerque ; et que dire du contre la montre de la route du Sud ! On sent qu’il y a un cap de passé. Là, il était tout seul sur le vélo, il termine cinquième pas loin de Sylvain Chavanel qui est un spécialiste. C’est un super chrono, qu’il n’aurait jamais fait il y a deux ans.

Tu le bosses l’exercice solitaire ?

Bryan : On le bosse sans le vouloir en fait. Quand on fait du derrière moto, ça fait progresser sur les chronos mais je ne roule jamais avec mon vélo de chrono, je n’y vois pas d’intérêt. Après, en bonne forme, sur un prologue qui me convient bien comme aux Boucles de la Mayenne, je sais que je peux faire quelque chose.

Suis-tu toujours à la lettre les planifs de Fabien ?

Bryan : Avec Fabien, on s’adapte, on fait beaucoup en fonction de mes sensations. Parfois, je peux être feignasse mais Fabien me connaît assez bien pour savoir si c’est de la fainéantise ou si les sensations ne sont pas bonnes. On s’adapte tout le temps et c’est aussi ça qui me fait progresser plutôt que d’avoir un entraînement arrêté.

Fabien : Par contre, il y a des séances importantes sur lesquelles on ne peut pas faire l’impasse mais on s’adapte, on les fait moins longues. Mardi par exemple, Bryan était fatigué, la moto n’était pas obligatoire car les dés sont jetés, on n’y va pas, on fait une petite sortie, ça suffit. Le plus important est d’avoir une ligne conductrice, de savoir vers où on veut aller. Il faut tout le temps s’adapter de toute façon. Après une course disputée sous le soleil ou sous la pluie, la fatigue n’est pas la même, la récup’ n’est pas la même.

Bryan : Et puis tu commences aussi à comprendre ce qu’implique une saison chez les pros. Au départ, tu ne te rendais pas trop compte.

Fabien : Oui, c’est vrai et notamment les déplacements. Je m’en suis rendu compte en partant à l’autre bout du monde avec l’équipe de France de piste. Les galères dans les avions, les aéroports, les décalages horaires, c’est vraiment compliqué à gérer. J’ai passé un cap grâce à ça. Maintenant, je sais que quand il y a six heures de décalage, il faut six jours après de récupération. Il y a deux ans, j’aurais fait l’erreur de recharger derrière en me disant « il va récupérer deux jours et après, on est reparti ». Maintenant, je le laisse se reposer pendant une semaine et ce n’est pas du temps de perdu, c’est du temps de gagné. Ceci m’a permis d’affiner ma connaissance du milieu. Quand Bryan m’a fait confiance il y a quatre ans, je ne connaissais rien au milieu professionnel, je n’avais jamais entraîné un pro… On a appris ensemble finalement et on continue de progresser ensemble. Ça a peut-être été un mal pour un bien.

Fabien Aoustin : « Je propose des choses à Bryan et après, on discute »

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Bryan, il arrive que tu sois en désaccord avec ce que te propose Fabien ?

Bryan : Oui, mais on en discute. La planification d’entraînement, on la fait à deux. J’ai une vie normale, des rendez-vous, des imprévus, ça m’arrive de ne pas pouvoir faire ce qu’il me propose.

Fabien : Moi, j’ai des idées mais je ne vais pas sur les courses, je connais moins le milieu que Bryan. J’ai mes idées par rapport à des théories, à des choses que je lis mais je n’ai jamais été pro. Je lui propose des choses et après on discute, on pèse le pour et le contre et on fait ce qui nous semble être le meilleur.

Tu ne lui imposes jamais rien ?

Fabien : Non, c’est son projet, ce n’est pas le mien.

Bryan : C’est un truc tout con mais on adapte aussi l’entraînement en fonction des groupes avec lesquels je vais rouler. On a une trame. Il sait que le mercredi, c’est plus facile pour moi de faire des grandes sorties, que le mardi soir, je vais à la piste à Pontchâteau.

Fabien : Je ne vais pas lui mettre six heures le jeudi, tout seul, alors qu’il peut faire deux heures tout seul et quatre avec un groupe le mercredi. Je m’adapte à son univers et je pense que c’est ce qu’il y a de plus important pour un entraîneur. C’est un métier intrusif, il faut connaître la personne, il faut vivre avec, il faut comprendre son univers. C’est bien beau de lui dire d’aller faire tant de kilomètres, de développer tant de watts mais il ne faut pas que ça le fasse chier, il faut que ce soit fait en bonne intelligence. S’il a besoin d’aller voir sa grand-mère le lundi après-midi parce que psychologiquement, ça lui fait du bien, bah je ne lui programme rien le lundi après-midi. Le mardi soir, il va à la piste à Pontchâteau, ça lui fait plaisir, ça fait plaisir aux gamins, ça lui fait du bien pour la cadence, la vélocité donc je m’adapte.

Bryan Coquard : « Je n’arriverai jamais à monter autant le cœur que sur la piste »

La piste c’est juste pour faire plaisir aux gamins ou ça t’apporte un plus dans ton entraînement ?

Bryan : J’aime bien et c’est la journée de la semaine où je vais le plus monter le cœur. Je peux faire toutes les intensités que je veux, je n’arriverai jamais à monter autant que sur la piste. J’arrive presque à mon max tous les mardis soirs en jouant avec les gamins. Ça m’apporte aussi de la vélocité. Mais surtout, j’aime bien parce que c’est l’ambiance du club, je revois les gens de l’US Pontchâteau, ça fait plaisir à tout le monde, c’est sympa.

Fabien : Je ne lui ai jamais déconseillé d’y aller car à cette séance, je suis sûr qu’il va faire de la cadence. Avec le poids des années, il a tendance à moins tourner la canne, là il le fait naturellement, par le jeu, en faisant une Américaine avec les gamins. C’est tout bon pour moi, pour lui, pour tout le monde. C’est en s’amusant qu’il va atteindre sa Fréquence Cardiaque Maximale. C’est l’idéal, je ne peux pas rêver mieux : il se rentre dedans tout en s’amusant.

Votre manière de travailler a-t-elle évoluée depuis le début de votre collaboration il y a trois ans et demi ?

Bryan : Notre manière de travailler tous les deux, je ne pense pas mais notre manière de travailler chacun de notre côté, je pense que si. Je suis passé pro, j’étais un petit branleur, tout était facile et tout me réussissait. J’ai pris conscience ensuite de mon potentiel, de ce que j’étais capable de faire. J’entendais que je pouvais gagner l’Amstel ou d’autres grosses courses. J’ai eu un déclic au printemps dernier et je me suis dit que ces courses, j’avais envie de les gagner. Pour les gagner, il fallait que je travaille plus donc Fabien a dû travailler différemment parce que je lui en demandais plus. Maintenant, je fais rarement moins de trois heures de vélo alors qu’avant, il m’arrivait de sortir pour une heure et demie.

Fabien : Moi j’étais habitué à entraîner des jeunes avec une logique d’entraînement spécifique. Je n’avais pas le recul de me dire, « tu sors, c’est pour trois heures et c’est facile ». Par rapport à l’évolution de notre manière de faire, je trouve aussi que l’on est de plus en plus proche. On parle plus des choses de la vie, on est plus intime. J’ai l’impression de savoir beaucoup de choses, même des choses personnelles, ses difficultés : c’est une obligation pour bien travailler. J’ai besoin de tout savoir, de tout palper. On a évolué à ce niveau-là aussi parce qu’on a plus de temps et que je comprends mieux le milieu. Au début de ses années pros, on ne pouvait pas discuter de ce qui se passait chez les pros car je ne connaissais rien dans ce milieu.

As-tu également progressé dans les domaines de l’alimentation, de l’hygiène de vie ?

Bryan : Je pense que j’ai passé un cap là-dessus. Quand je suis passé pro, je ne faisais pas n’importe quoi, j’étais sérieux, mais ça me passait un peu par-dessus la tête. Maintenant, j’aime bien la vie, je ne me prends pas la tête avec ça, mais avec les responsabilités que j’ai dans l’équipe : il fallait que j’en fasse plus à l’entraînement et  que je fasse encore plus attention à mon hygiène de vie. Je suis plus sérieux et plus serein. Ma vie est plus stable donc l’hygiène de vie va avec. C’est ce que je ressens depuis le début de la saison.

Fabien : C’est un domaine dans lequel j’aimerai m’améliorer pour pouvoir l’aider. Il y a peut-être encore des progrès à faire là-dessus mais ce serait vraiment du perfectionnement.

Propos recueillis
par Guillaume Leroux.

 

 

 

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Publié le juillet 1, 2016, dans actualité, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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